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La réponse courte
Journaliser les actions d'un agent, c'est conserver assez d'information pour répondre à trois questions : qu'est-ce qui a été fait, sur quelles données, par quelle version du système, et qui a validé. L'article 26, paragraphe 6, de l'AI Act imposera aux déployeurs de systèmes à haut risque de conserver les journaux générés automatiquement, dans la mesure où ils sont sous leur contrôle, « pendant une période adaptée à la destination du système, d'au moins six mois », sauf droit contraire — applicable au 2 décembre 2027 pour l'annexe III. Le RGPD, lui, s'applique déjà : on ne conserve pas au-delà de ce qui est nécessaire, et un journal nominatif de salariés est un traitement. En 2026, six mois est un plancher de bon sens pour un agent qui agit, pas une obligation AI Act générale.
Quoi écrire, au minimum
L'identité de l'agent et sa version (modèle, prompt, outils autorisés). L'horodatage. L'identifiant de l'opérateur humain, s'il y en a un. L'action (brouillon créé, mail proposé, mail envoyé, fiche mise à jour, document lu). L'objet (id de facture, de client, de candidat — pas nécessairement le document entier). Le résultat (succès, échec, refus, attente de validation). Si une sortie a été modifiée avant envoi, le fait, et par qui. Ce n'est pas un enregistrement intégral des prompts si le prompt contient un secret ou des données excessives : on peut hasher, tronquer, pointer. L'ANSSI, sur la journalisation, recommande l'intégrité (pas de modification silencieuse), l'horodatage, et une rétention calée sur l'usage. Un tableur écrasé chaque vendredi n'est pas un journal.
Combien de temps : deux bornes, pas une
Le plancher opérationnel, pour un agent qui agit vers l'extérieur, est de pouvoir reconstituer un incident après qu'un client a réclamé : souvent des semaines, parfois des mois. L'AI Act, pour le haut risque, posera six mois minimum. Le RGPD pose un plafond : pas plus que nécessaire, finalité déclarée, et, si le journal permet de suivre l'activité de salariés, information, base légale, éventuellement consultation du CSE, et pas de conservation « au cas où » pendant des années. Ces deux bornes se calent l'une sur l'autre : on écrit la finalité (sécurité, preuve, amélioration, obligation légale à venir), on en déduit une durée, on la tient. Six ans « parce que fiscal » pour des prompts de rédaction, non. Six mois pour des envois clients, défendable. Le secret des affaires plaide aussi pour ne pas garder des prompts trop riches trop longtemps, chez un prestataire surtout.
Où le garder, et qui peut le lire
Chez vous, de préférence, pas uniquement dans la console du fournisseur — sinon la réversibilité et le secret tombent ensemble. Accès nominatif, pas un canal Slack ouvert. Intégrité : un journal que l'agent peut réécrire n'est pas une preuve. Si le fournisseur génère les logs (article 12 et 13 de l'AI Act, mécanismes pour collecter et interpréter), le déployeur doit pouvoir les récupérer. C'est un critère d'achat, dès maintenant, même pour un usage qui n'est pas haut risque : le jour où un mail est parti, la console cloud qui « garde 7 jours » ne vous sauvera pas. Chiffrer ces journaux au repos, c'est de l'article 32. Les coller dans le même modèle « pour résumer les incidents », c'est souvent une mauvaise idée.
Ce que le journal n'est pas
Ce n'est pas un dispositif de contrôle continu de l'activité des employés au sens de la délibération 2018-327, point 4, sauf si vous le concevez comme tel — auquel cas une AIPD est due, et le CSE a son mot à dire. Concevez-le comme le journal de la machine, avec l'humain comme identifiant d'une validation, pas comme un scoring de productivité. Ce n'est pas non plus le dossier d'AIPD, ni la notice article 13. C'est la matière première de l'auditabilité. Sans lui, l'article 86, plus tard, et l'article 22, déjà, se tiennent mal. Avec lui, on peut corriger, expliquer, et, le cas échéant, démontrer qu'un humain a bien dit non.
À vérifier chez vous
Ce que vous pouvez contrôler vous-même
Des points vérifiables sans expertise juridique. Si l'un d'eux coince, c'est celui-là qu'il faut apporter à votre conseil.
- Décider, par agent, quelles actions sont journalisées (tout envoi, toute écriture, toute lecture sensible).
- Stocker le journal chez vous, integer, horodaté, accès nominatif.
- Écrire une durée et une finalité, et s'y tenir.
- Vérifier que le fournisseur permet d'exporter les logs, pas seulement de les consulter 7 jours.
- Ne pas transformer le journal d'agent en outil de surveillance RH.
Sources
Chaque affirmation de cette page renvoie au texte qui fait foi. En cas d'écart entre cette page et la source, c'est la source qui a raison.
- EUR-Lex — règlement (UE) 2024/1689 consolidé (CELEX 02024R1689-20260727) (nouvel onglet)
Seul texte de l'AI Act à citer depuis le 27 juillet 2026. Article 113 (calendrier), articles 4, 5, 6, 25, 26, 27, 50, 99, annexes I et III.
- EUR-Lex — règlement (UE) 2016/679 (RGPD) (nouvel onglet)
Articles 5, 6 (base légale), 9, 13-14, 22, 24, 28 (sous-traitant), 32, 35 (AIPD), chapitre V (transferts).
- ANSSI — guide d'hygiène informatique (nouvel onglet)
Mesures concrètes : sauvegardes testées, chiffrement, journalisation, mises à jour. Référentiel de bonnes pratiques, pas une obligation légale autonome.
- ANSSI — recommandations de sécurité relatives à la journalisation (nouvel onglet)
Intégrité, horodatage, rétention, accès. Bonnes pratiques, pas une obligation AI Act.
- Légifrance — délibération CNIL n° 2018-327 (traitements exigeant une AIPD) (nouvel onglet)
11 octobre 2018, liste non exhaustive de 14 types. Point 3 : profils à des fins de gestion des ressources humaines.
Vos questions
Dois-je tout journaliser dès maintenant à cause de l'AI Act ?
L'obligation de six mois de l'article 26, paragraphe 6, vise les déployeurs de systèmes à haut risque, à partir du 2 décembre 2027 pour l'annexe III. Un assistant de rédaction interne n'y entre pas par ce seul fait. Journaliser quand même, pour un agent qui envoie ou qui écrit dans un système métier, est de la hygiène, de la preuve, et souvent du RGPD (accountability, article 5, paragraphe 2, et sécurité, article 32). Attendre 2027 pour commencer, sur un agent déjà en production, c'est s'assurer de ne pas savoir ce qu'il a fait en 2026. La durée, elle, se cale déjà sur le RGPD.
Un log de prompts est-il une donnée personnelle ?
Dès qu'il contient un nom, un e-mail, un identifiant, un contexte de dossier, oui. Dès qu'il identifie le salarié qui a interrogé, oui, c'est aussi une donnée relative à ce salarié. Le traiter comme un fichier technique anodin est une erreur. Base, information, durée, accès : le régime RGPD s'applique. On peut minimiser (identifiants plutôt que corps de document, truncation). On ne peut pas prétendre que « c'est juste de l'ops ». La CNIL n'a pas publié de fiche spécifique « logs d'agents » en 2026 ; elle n'a pas besoin de le faire pour que l'article 5 s'applique.
Que faire si le fournisseur ne donne accès qu'à sept jours de logs ?
Exporter, automatiquement, vers chez vous, chaque jour. Si l'export n'existe pas, c'est un critère de refus, ou un critère pour ne laisser à cet outil que des tâches sans enjeu. Négocier une rétention plus longue chez lui, c'est mieux que rien, moins bien qu'une copie sous votre contrôle — immatriculation retirée, changement de plan, panne, et les sept jours partent. L'article 26, le moment venu, parlera des journaux « sous le contrôle du déployeur ». Prenez cette formule au sérieux dès maintenant. Un écran de console n'est pas un contrôle.
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