Vous avez forcément croisé le format : quelqu'un raconte avoir construit une application complète en un week-end avec une IA, capture d'écran à l'appui. Ce n'est pas du mensonge. Ce qui est faux, c'est ce que le lecteur en conclut.
Parce que ce qui a été construit en un week-end, c'est un prototype. Et le prototype n'a jamais été la partie difficile. Même avant, un développeur expérimenté sortait une maquette fonctionnelle en quelques jours. Ce qui a changé, c'est que n'importe qui peut le faire maintenant, et c'est réellement une bonne nouvelle. Mais le mur n'a pas bougé de place : il est juste devenu visible plus tôt.
Ce qui est devenu presque gratuit
Autant le reconnaître franchement, parce que c'est spectaculaire : sortir quelque chose qu'on peut montrer, cliquer, et faire essayer à trois personnes ne coûte plus rien. Pour valider une idée, c'est un changement de nature.
Ça veut dire qu'aujourd'hui, dire « on ne sait pas si les gens l'utiliseraient » n'est plus une excuse pour ne rien faire. Faites-le en deux jours, montrez-le, et vous aurez la réponse, ce qui vous évitera peut-être un projet de six mois.
Ce qui n'a pas bougé
Le prototype, c'est le premier dixième. Voilà ce qui reste, et rien de tout ça ne se fait en un week-end :
- — Les cas particuliers. Un prototype gère le chemin nominal. Un logiciel gère la connexion coupée au milieu, le fichier de 200 Mo, l'utilisateur qui clique deux fois, l'apostrophe dans un nom de famille.
- — Les données réelles. Elles sont sales, incomplètes, contradictoires, et elles arriveront dans un format que personne n'avait annoncé. C'est là que la moitié du travail se trouve, et le prototype ne l'a jamais rencontrée.
- — Les accès. Qui voit quoi, qui modifie quoi. Un prototype n'a qu'un utilisateur : vous. Ajouter la notion de « pas tout le monde » touche à tout le code d'un coup.
- — L'exploitation. Sauvegardes, restauration vérifiée, mises à jour, la personne qu'on appelle quand ça tombe un vendredi soir. Ce n'est pas du développement, c'est la condition pour que ça reste vivant.
Aucun de ces points n'est glamour, aucun ne se voit sur une capture d'écran, et c'est exactement pour ça qu'ils sont absents des récits de week-end.
Comment s'en servir intelligemment
Le prototype rapide a une valeur énorme si on lui donne le bon rôle : il sert à décider, pas à livrer. Deux jours pour savoir si l'idée tient, c'est un investissement excellent, et le jeter ensuite n'est pas un échec, c'est ce à quoi il servait.
Le piège, c'est de le mettre en production « en attendant », parce qu'il marche. Il marchera, effectivement. Puis quelqu'un s'appuiera dessus, puis on n'osera plus le refaire, et vous porterez pendant trois ans un logiciel écrit en deux jours par quelqu'un qui ne comptait pas le garder.
Pour finir
Utilisez ces outils, sérieusement : ils sont formidables pour trancher vite et à moindres frais. Mais quand quelqu'un vous annonce une application en un week-end, la question à poser n'est pas comment il a fait. C'est : qui l'utilise, avec quelles données, et depuis combien de temps.